Un nouveau rapport révèle les plans d’expansion pétrolière en RDC, mettant en péril les écosystèmes et les communautés

Un nouveau rapport publié par Earth Insight, Notre Terre Sans Pétrole, CORAP et RFUK révèle que la République Démocratique du Congo (RDC) a récemment approuvé des appels d’offres pour le développement pétrolier couvrant plus de la moitié du territoire national. Cela marque le lancement d’un nouveau cycle de licences pour 55 blocs pétroliers : 52 annoncés en 2025 et 3 précédemment attribués.

Réalisé en partenariat avec des organisations congolaises et internationales, le rapport met en lumière une expansion massive des activités extractives, représentant de graves menaces pour les forêts, les zones protégées, et les moyens de subsistance des populations.

Voici quelques faits saillants :

 

  • Les blocs pétroliers chevauchent 8,3 millions d’hectares de zones protégées (23 %), 8,6 millions d’hectares d’Aires Clés pour la Biodiversité (23 %), et 66,8 millions d’hectares de forêts tropicales intactes (64 %).

  • 72 % du Corridor Vert Kivu–Kinshasa, une initiative phare de conservation lancée début 2025, est désormais recouvert par des blocs pétroliers, compromettant son intégrité écologique.

  • La Cuvette Centrale, le plus grand complexe de tourbières tropicales au monde, stockant environ 30 gigatonnes de carbone, est gravement menacée.

  • Environ 39 millions de personnes vivent dans les nouveaux blocs pétroliers, représentant 49 % des localités du pays.

  • 63 % des forêts communautaires sont concernées par ces blocs, mettant en danger les écosystèmes essentiels à la survie des peuples autochtones et des communautés locales.

 

Les forêts luxuriantes, les rivières sinueuses et les tourbières riches en carbone font de la RDC l’un des joyaux écologiques de la planète. Deuxième plus grande forêt tropicale au monde, la RDC abrite une biodiversité exceptionnelle : éléphants, grands singes, oiseaux endémiques, et des milliers de plantes prospèrent dans ces écosystèmes.
La Cuvette Centrale, véritable puits de carbone, est cruciale dans la lutte contre le changement climatique.

Our Land Without Oil protest in the Democratic Republic of Congo. Courtesy of Notre Terre Sans Pétrole

Malgré les oppositions nationale et internationale, la RDC poursuit ses projets de développement des combustibles fossiles dans des zones sensibles. En 2022, une vente aux enchères controversée de 30 blocs pétroliers avait déjà suscité l’indignation mondiale. En octobre 2024, plusieurs blocs furent annulés suite à cette pression.

Mais aujourd’hui, 52 nouveaux blocs ont été mis en vente, couvrant 124 millions d’hectares, un record. Ces blocs empiètent sur des zones protégées, des terres autochtones, des forêts primaires et des tourbières. Ce développement contredit les objectifs de conservation du pays et ses engagements climatiques internationaux.

 

Expansion des concessions pétrolières

Plus de 53 % du territoire national est désormais couvert par des blocs pétroliers. Cela remet en question l’engagement du pays pour la protection de l’environnement et le développement durable. Les terres culturelles et spirituelles des populations sont également menacées.

Oil wells in operation on the outskirts of Muanda, on the southwestern tip of the Democratic Republic of Congo. Image credit: Alexis Huguet/AFP via Getty Images

Des victoires de conservation éclipsées

Quelques aires protégées comme le Parc National des Virunga ont été retirées des concessions grâce à la mobilisation. Mais ces "victoires" sont minimes : les nouveaux blocs recouvrent encore 23 % des zones protégées et des Aires Clés pour la Biodiversité, risquant des conflits juridiques, sociaux et écologiques.

 

Le projet de Corridor Vert menacé

Créé par décret en janvier 2025, le Corridor Vert Kivu–Kinshasa vise à protéger 540 000 km² de terres et d’eaux, reliant l’est et le sud-ouest du pays. Ce projet a été salué par de nombreux acteurs internationaux.

Cependant, 28 blocs pétroliers, couvrant 39 millions d’hectares, recouvrent désormais 72 % du Corridor. Cela menace l’intégrité des habitats d’espèces menacées et des tourbières, en introduisant des infrastructures, de la pollution et de la fragmentation.

Cette contradiction sape la crédibilité du projet et des engagements du pays envers la biodiversité et le climat.

 

Menace sur la Cuvette Centrale

La Cuvette Centrale, partagée avec la République du Congo, est la plus grande tourbière tropicale au monde, couvrant 145 000 km².
Le cycle 2025 de licences inclut des blocs pétroliers couvrant presque toute la zone congolaise de la Cuvette. Forer dans ces sols saturés d’eau et de carbone est extrêmement risqué : la dégradation des tourbes libérerait d’énormes quantités de CO₂ et de méthane, et leur restauration serait pratiquement impossible à l’échelle humaine.

 

 

Le coût humain de l’expansion pétrolière

Près de 39 millions de personnes vivent dans les nouveaux blocs. Ce sont des agriculteurs, pêcheurs, enfants, aînés, dont les moyens de vie et les cultures sont en péril.

63 % des forêts communautaires sont concernées. Cela risque de déplacer des communautés, violer leurs droits, et annuler des décennies de progrès en matière de conservation participative.

Cela contrevient aux principes du Consentement Libre, Préalable et Éclairé (CLPE), protégés par la loi congolaise et le droit international.

 

Le rapport propose une analyse spatiale du cycle de licences 2025, tout en rappelant les précédents historiques. Il relaie aussi l’opposition croissante des acteurs congolais et internationaux à cette expansion.

Actions proposées :

 

  • Annuler le cycle de licences 2025 et arrêter toute expansion future des hydrocarbures.

  • Traiter les tourbières de la Cuvette Centrale comme une priorité absolue de conservation.

  • Révoquer les blocs pétroliers situés dans le Corridor Vert Kivu–Kinshasa.

  • Respecter les droits des peuples autochtones et des communautés locales.

  • Protéger les forêts communautaires et les terres coutumières non encore formalisées.

  • Mettre en œuvre des réformes juridiques et politiques majeures (lois sur les peuples autochtones, planification foncière).

  • Accélérer la transition vers un développement sobre en carbone.

  • Aligner le financement international sur les engagements en matière de climat, de biodiversité et de droits humains.

  • Garantir la transparence et la participation communautaire dans la gouvernance environnementale.

 

Lire le rapport complet ici