Non a l’implication de la RDC dans le projet destructeur de l’EACOP
Le président Félix Tshisekedi a promulgué le 30 décembre 2024 une loi controversée qui a permis la ratification d'un accord bilatéral datant de 1990 concernant l’exploitation des hydrocarbures des gisements transfrontaliers entre la RDC et l’Ouganda. L’accord signé le 23 juin 1990 et son avenant signé le 25 janvier 2008 était jusqu’alors tenu secret. Il constitue une menace directe pour le climat, l'environnement et les communautés locales, notamment celles vivant aux abords des lacs Albert et Édouard ainsi que pour les parcs des Virunga et du Queen Elizabeth.
Une condamnation ferme de "Notre Terre Sans Pétrole"
La campagne Notre Terre Sans Pétrole dénonce vigoureusement la promulgation de cette nouvelle loi, qui affirme dès son préambule que la RDC est un pays « à vocation minière, pétrolière et gazière ». Cette vision entre en totale contradiction avec le slogan du président qui présente la RDC comme un « pays solution » à la crise climatique. Au contraire, ce texte révèle que la RDC pourrait aggraver le changement climatique tout en augmentant les risques de pollution pour l’environnement des communautés locales, comme ce qui se passe déjà pour les communautés au niveau des zones d’exploitation à Moanda dans la province du Kongo-Central. Ce projet met donc en péril les communautés riveraines des lacs Albert et Édouard, mais aussi celles vivant tout du long du bassin du Nil.
Des gisements menaçant le parc des Virunga et le lac Albert
L’accord porte sur les gisements situés le long de la frontière entre la RDC et l’Ouganda, notamment les blocs I à III du lac Albert et les blocs IV et V du lac Édouard. La situation est particulièrement alarmante pour le lac Édouard, qui fait partie intégrante du Parc national des Virunga - inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO - une zone protégée reconnue pour sa vulnérabilité et sa biodiversité unique. Exploiter cette zone mettrait en péril l’écosystème du parc, déjà menacé par la présence de groupes armés.
Des alertes récurrentes concernant des déversements de pétrole sur les rives ougandaises du lac Albert soulignent les risques environnementaux déjà présents. Ce nouvel accord pourrait intensifier l’exploitation dans cette zone densément peuplée, aggravant ces pollutions et touchant gravement les communautés locales, notamment les pêcheurs, agriculteurs et éleveurs qui dépendent directement de ces écosystèmes fragiles. Sans l’adoption de mesures strictes et urgentes de protection, les conséquences sur les populations et la biodiversité risquent d’être dramatiques et irréversibles.
Des tensions persistantes entre la RDC et l’Ouganda
Ces accords étaient supposés réduire les risques de conflits et garantir un partage équitable des revenus économiques liés à l’exploitation des gisements transfrontaliers. Cependant, la loi votée 34 ans après l’accord de 1990 exprime une forte méfiance envers l’Ouganda. Le paragraphe 9 met en garde contre la possibilité pour l’Ouganda de « pomper ou s’approprier les réserves communes en modifiant intentionnellement la ligne frontalière ». Cette clause met en évidence les tensions et suspicions persistantes, soulignant que seule une renonciation définitive à l'exploitation des hydrocarbures dans cette zone permettrait d'atténuer des convoitises et rivalités entre voisins, ainsi que d’assurer la stabilité de la région.
Un soutien inadmissible au projet destructeur EACOP
En soutenant une exploitation accrue des hydrocarbures avec l'Ouganda, cet accord renforce aussi le projet controversé EACOP (East African Crude Oil Pipeline) et ses projets d’exploitation de pétrole associés. En effet, les blocs pétroliers dans l'Est du Congo étant sur des territoires enclavés, leur exploitation de façon rentable implique la possibilité de transporter ce pétrole via l'EACOP, et les gouvernements congolais et ougandais ont d'ailleurs déjà fait des déclarations en ce sens. Ce mégaprojet pétrolier, qui prévoit le transport de brut entre l’Ouganda et la Tanzanie, provoque le déplacement de plus de 100 000 personnes et menace directement le lac Victoria - dont dépendent plus de 40 millions de personnes - ainsi que le parc naturel des Murchison Falls. Rejeté par plus d'une trentaine de grandes banques internationales et condamné officiellement par le Parlement européen pour ses violations des droits humains et de l’environnement, ce projet fait aussi face à de multiples contentieux juridiques, tant au niveau international que national.
Un précédent montrant que ces accords sont au mieux inefficaces
Ce type d'accord peut aussi avoir pour objectif une soi-disant répartition des revenus tirés de gisements frontaliers. L’accord de 2007 avec l’Angola pour la création d’une Zone d’intérêt commun (ZIC) a montré les limites de ces initiatives: selon un rapport confidentiel de la Banque mondiale de 2023 fourni à la présidence congolaise, cet accord n’a pas empêché la RDC de perdre plus de 78,8 milliards de dollars entre 2009 et 2021, un montant que le rapport qualifie lui-même de « sous-estimé ». Ces pertes illustrent l’inefficacité des mécanismes actuels pour garantir des bénéfices équitables aux deux parties.
La nouvelle loi et les accords bilatéraux signés par la RDC montrent que le gouvernement semble s'engager fermement dans une stratégie axée sur l'exploitation des hydrocarbures, sans considération pour leurs impacts environnementaux, sociaux et économiques. Ce choix soulève des inquiétudes croissantes quant à la non priorité donnée aux solutions durables et respectueuses de la biodiversité et des communautés locales. Plutôt que de renforcer les tensions régionales et d’exacerber les défis climatiques, la priorité devrait être donnée à des solutions écologiques et durables qui protègent les communautés locales et la biodiversité.
Un appel à des alternatives durables
La coalition Notre Terre Sans Pétrole et les signataires de ce texte soulignent l’urgence d’un renoncement immédiat et définitif à toute exploitation pétrolière et gazière dans les zones sensibles que sont les lacs Albert et Édouard, qui impactent directement les parcs naturels des Murchison Falls, des Virunga et du Queen Elizabeth. Une priorité devrait être accordée à la réorientation des investissements publics et privés vers des projets d’énergie propre, des programmes de conservation de la biodiversité et des initiatives de développement durable au profit des communautés locales.
Premier signataires : Organisations de la République Démocratique du Congo
- Actions de conservation pour le futur
- APEM RDC
- Association Congolaise pour le Relèvement Communautaires (ACRC)
- Association des Jeunes visionnaires pour le développement du Congo (AJVDC)
- Association pour le Développement Endogène, la Promotion des Activités des Communautés rurales (ADEPAR)
- Actions pour le Développement Intégral par la Conservation Communautaire
- BEIE
- Cadre d'Acteurs et d'Actions pour le Développement Durable
- Cadre des acteurs de la société civile pour gouvernance des ressources naturelles dans le Kongo central (CARGN)
- Cercle des Jeunes Ambassadeurs du Climat (CJAC)
- CIPRE asbl
- Crongdkc
- CYNESA-RDC
- Dynamiquevoiesdepaix DYVOPAasbl/WAYS OF PEACE DYNAMIC WPD
- EcoClimate Vision DRC
- Extinction rebellion universités de GOMA
- FÉDÉRATION DES COMITÉS DES PÊCHEURS DU LAC ALBERT, FECOPELA en sigle
- Forum des Engagés pour le Développement Durable (FORED)
- Forum pour la paix, l'environnement et le développement (FOPED)
- Healthy Life NGO
- IDEL (Initiative pour le développement local)
- Initiative Bonne Gouvernance des Ressources Naturelles au Kivu (IBGRN K)
- Initiative pour développement local (IDEL)
- LAUDATO SI MOUVEMENT
- mojac-rdc
- Mouvement citoyen débout congolais (MCDC en sigle)
- Mouvement de jeunes pour la protection de l'environnement (MJPE-RDC)
- Mouvement des jeunes en actions pour les changements en RDC
- Parlement des Jeunes
- Réseau des journalistes engagés pour l'environnement et le climat
- Réseau des journalistes engagés pour l'environnement et le climat au Kongo central
- Réseau des organisations des jeunes engagés dans le changement climatique, conservation de la biodiversité, zones humides et forêts en RDCONGO
- SJDDH "Synergie des Jeunes pour le Développement et les Droits Humains"
- Solidarité Juridique : Green Justice
- TRAFFED Asbl
- TRAFFED RDC Asbl
Organisations signataires au niveau international
- East African Crude Oil Pipeline Host Communities - Uganda
- Stop Total - France
- Center for Environmental Research and Agriculture Innovations (CERAI) - Uganda
- Kongomani - Bénin
- GreenFaith Uganda - Uganda
- Hawkmoth - The Netherlands
- Rettet den Regenwald / Rainforest Rescue - Germany
- GCEC Cameroun - Cameroun
- Care for Environment - Cameroun
- Centre for Citizens Conserving Environment & Management (CECIC) - Uganda
- Fridays for Future Sierra Leone - Sierra Leone
- Rec Benin - Bénin
- Smith Nwokocha - Nigeria
- Laudato Si’ Movement Africa - Kenya
- Center for Conservation and Ecoenergy Initiative (CCEI) - Uganda
- Serapeng sa Ditlhare and Environment NPC - South Africa
- BankTrack - Netherlands
- Congo Basin Alliance - Germany and DRC
- TASHA Research Institute Africa - Uganda
- Just Share NPC - South Africa
- Natural Justice - South Africa
- Women on Environment Mission - Uganda
- AFIEGO - Uganda
- Foundation for Ecological Preservation Uganda (FEPU) - Uganda
- Amis de la Terre France / Friends of the Earth France - France
- Totalement Down - Belgique
- Dr C Jones, chair Doctors in Unite - UK
- Women Rising - UK & Global
- East African Climate Justice Movement - Uganda
- Rwanisa Environmental Change and Humanitarian Initiative (RECAHI) - Uganda
- Women of Colour in the Global Women's Strike - UK
- All African Women's Group - UK
- Global Women Against Deportations - UK
Mobilisation
En plus de signer ce texte, la coalition Notre Terre Sans Pétrole invite les organisations du monde entier à interpeller le gouvernement de la République Démocratique du Congo en organisant des mobilisations, actions de rue, manifestations ou toute autre initiative créative. Ces actions pourraient notamment se tenir devant les ambassades de la RDC dans vos pays si vous vous trouvez dans une ville où il y a une ambassade, et ce afin de dénoncer ce nouvel accord et la volonté du gouvernement d’exploiter le pétrole dans notre pays. Ces mobilisations peuvent être organisées à tout moment entre le lundi 20 et le dimanche 26 janvier.
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